Je vais commencer par répondre assez rapidement aux commentaires sur le choix du terme « indigène ». Cette question de dénomination est très importante. En effet, le mot en espagnol est bien "indígena" et non "indio", qui a une connotation très négative en Amérique Latine (insultes, racisme…). Et le mot « Indien » peut être employé en français. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que le mot « indien » qualifie ces peuples depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique parce qu’il croyait être arrivé aux Indes. Donc pour différencier les habitants de l’Inde (qui ne sont pas tous hindous) des autochtones d’Amérique, je préfère employer le terme « indigène » d’autant plus que les peuples se nomment eux-mêmes « indigenas ». Le mieux étant bien sûr de les appeler par leur nom tout court… J’espère que l’explication donnée est claire même si comme tout choix, celui-ci est contestable.
Concernant le pourcentage d’indigène sur l’ensemble du continent, je n’en sais trop rien et il n’y a pas de chiffres exacts. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il n’y en a plus en Uruguay (le dernier ayant été tué dans les années 1880) et que les plus gros pourcentages se trouvent en Amérique andine (principalement Bolivie, Pérou et Equateur) et en Amérique centrale (dont le Mexique où il y a le plus grand nombre d’indigènes et le Guatemala où il y a la plus grosse proportion d’indigènes par rapport à la population totale).
Concernant le lieu, la grande majorité des indigènes vivent dans la Sierra (région montagneuse) et non, comme dans l’imaginaire collectif, en Amazonie. En revanche c’est bien en Amazonie que l’on trouve le plus grand nombre de peuples ou nationalités indigènes mais ce sont des communautés isolées les unes des autres. Bien évidemment tout cela est relève d’un cadre général et comme dans toute généralité, il y a des exceptions.

Voilà un peu pour les questions (très résumé…). Parlons un peu de ce qui se passe aujourd’hui à travers ma première expérience dans une communauté indigène. En effet, le week-end du 17/02, j’ai fait dans l’interculturalité. Vendredi, nous sommes allés voir un spectacle à la Maison de la culture afroéquatorienne. Les Afroéquatoriens représentent la population la plus discriminée et la plus exclue d’Equateur. Ils subissent un racisme aussi bien de la part des blancs et métisses que des indigènes (il faut toujours trouver quelqu’un de plus bas que soi…). Une petite nuance pour ces derniers : certaines organisations indigènes intègrent dans leurs revendications, celles des Afroéquatoriens. Soirée festive où les acteurs ou chanteurs se mélangeaient dans le public (à noter : beaucoup d’Afroéquatoriens ou d’étrangers, notamment des Français et des Italiens, et très très peu d’Equatoriens hors Afrodescendants). Cela nous a permis de connaître un peu cette culture particulière, mélange de cultures africaines et de rites propres.
Le lendemain, petit déjeuner avec un leader politique afrodescendant péruvien (l’acteur principal de cette soirée) qui nous raconte le mode d’organisation des communautés afroéquatoriennes, le racisme dont elles sont victimes, les croyances… a l’intérieur de cette culture, la musique joue un rôle primordial même dans la résolution des conflits. Et bien entendu, comme beaucoup de gens qui en souffrent, ils sont contre le libéralisme mais aussi contre le capitalisme en général puisqu’ils ne voient pas l’intérêt d’accumuler de l’argent et des richesses matérielles. Et pour faire connaître le problème des Afroéquatoriens, il me demande de publier un article. A voir sous quelle forme ce sera parce que je n’ai pas vraiment le temps de me documenter à fond sur le problème… Il y a déjà assez à faire avec les indigènes…
Après ce petit déjeuner fort intéressant, j’ai enfin quitté Quito pour 2 jours. Ca fait du bien de ne plus ressentir la pollution, le bruit, de se retrouver en pleine campagne (voire en plein désert) avec un véritable air de la montagne puisque je suis resté dans la Sierra. Je suis parti avec un ami, Nicolas, qui travaille à l’ambassade de France et qui avait une rencontre avec la FICI (Federación indigena y campesina de Imbaburra, Imbaburra étant la province à côté de Pichincha, celle de Quito). On en a profité pour visiter Cotacachi, ville mondialement reconnu pour son budget participatif. Au vu des résultats, le projet de la municipalité indigène est intéressant notamment en ce qui concerne la mise en valeur de l’espace public et la participation citoyenne.
Dodo à Otavalo, autre ville dont le maire est indigène et mondialement connue pour son commerce de textile. Hélas, pas le temps de visiter le marché, car la rencontre avec la FICI est prévue à 10h (pour ceux qui me connaissent, vous imaginez bien la difficulté d’être ponctuel à 10h et d’autant plus un dimanche). Cette rencontre était en fait une fête en l’honneur d’AVSF (ONG française pour ceux qui ne la connaissent pas) et de l’Ambassade de France, qui a financé un projet concernant la conduite de l’eau jusqu’aux champs indigènes. Projet qui va conduire à une meilleure utilisation de l’eau et à réduire le gaspillage et qui a été mis en place par la communauté indigène avec l’aide technique d’AVSF.
Donc direction la communauté de San Pablo (il me semble) où les responsables de la communauté nous présentent le projet, remercient les personnes d’AVSF et donc Nico qui représente l’Ambassade. Après les cadeaux, il faut passer au repas (sous la pluie). Petite prière et offrandes aux Dieux à la fois pour le repas mais aussi en honneur de l’eau, ressource primordiale dans la cosmovision indigène. A la fin du repas, la nourriture offerte en offrande est enterrée aux deux coins les plus importants de la source d’eau. Repas frugal et même trop de nourriture avec un gros bémol (et seule déception de la journée) : les responsables des organisations indigènes (et notamment de la FICI), d’AVSF et nous d’un côté, bien installés à une grande table, avec des couverts… et de l’autre, la communauté indigène qui s’occupe de la nourriture et qui se rassemble sous un petit abri pour manger tous ensemble. Cela fait partie de leur culture que d’accueillir dans les meilleures conditions possibles les personnes étrangères à la communauté (et qui dans ce cas-là les ont aidés). J'ai quand même mangé mon premier cochon d'Inde: viande un peu trop salée pour ma part mais ça se mange.
Après le repas, on peut passer à la fête : musique à fond, alcool à profusion, danse… Autant dire qu’à 18h quand nous sommes repartis sur Quito, on n’était pas dans les meilleures conditions possibles pour prendre la voiture… En effet, dans la tradition des communautés indigènes, on ne peut pas refuser un verre que l’on vous tend en toute la politesse. Et comme nous étions les invités, tout le monde veut trinquer avec nous. Les personnes d’AVSF (les deux Français tout au moins…) ont été plus malins en refusant quelques verres avec politesse. Mais Nico et moi (pour les personnes de la communauté, je faisais partie de l’Ambassade), nous n’avons rien décliné faisant honneur à l’invitation de la communauté. Je pense que cette communauté a une image moins resplendissante de ce que peut représenter une Ambassade. Très bonne journée qui se conclu avec une autre invitation pour un prochain week-end à Otavalo (peut-être celui-ci d’ailleurs).
Et pour ma part, je suis cordialement invité par le président de la FICI à participer à la marche que le mouvement indigène va faire la semaine prochaine jusqu’à Monte Cristi, lieu où se tient l’Assemblée constituante. En effet, la CONAIE veut présenter ses propositions pour la prochaine Constitution et les donner en main propre au Président de l’Assemblée constituante. Et ce sont donc quelques dizaines de milliers d’indigènes qui vont marcher pendant des jours. Je rejoindrai cette marche le vendredi 7/03 pour arriver le mardi 11/03 à 9h à Monte Cristi. Ce sera une bonne expérience, physique, mais enrichissante culturellement et pour ma thèse.

Ce sera sûrement l’objet du prochain billet car d’ici là, j’ai pas mal de boulot avec notamment mon premier article pour la revue d’histoire de la Universidad andina.
Hasta luego !!!!

Matthieu