"Bonjour tout le monde,
tout d’abord, merci pour l’intérêt et les encouragements contenus dans les différents commentaires. Je vais essayer de répondre à certaines questions sachant que je ne suis pas un spécialiste de l’histoire coloniale.
Le début du problème indien date de la Conquista avec leur exploitation et leur traitement inhumain. Les indépendances n’ont rien changé quant à leur sort à part l’accentuation des expropriations de terres. Les conquistadores, sous la direction de Francisco Pizarro, envahirent le pays en 1532; deux années plus tard, ils devinrent maîtres de la région, qui prit le nom de royaume de Quito.
La communauté est une forme d’organisation sociale bien antérieure à la conquête espagnole et que la politique coloniale a renforcée. En effet, en 1537, la Couronne espagnole décida de créer des « pueblos indios » dans lesquels les Indiens avaient leur propre maire, leurs propres dirigeants, sous le contrôle des autorités coloniales civiles et ecclésiastiques. Ces villages ont été créés pour protéger les Indiens des colons espagnols et les convertir au catholicisme. Cela a permis aux indigènes de sauvegarder leur culture mais ces villages constituent aussi l’origine du pillage des terres. La volonté de préserver les traits culturels traditionnels explique la cohésion interne de la communauté indigène. Par exemple, les indigènes guatémaltèques se considèrent comme appartenant d’abord à une communauté villageoise. Le destin du groupe est considéré comme indépendant de celui des communautés voisines. On peut donc parler d’une résistance silencieuse, passive avec quelques soulèvements ponctuels (notamment à la fin du 18ème et au cours du 19ème siècle). C’est ainsi que les indigènes ont réussi à transformer ce qui, au début, aurait pu apparaître comme un mécanisme d’acculturation (les pueblos indios) en espace de résistance afin de propager leurs cultures, leurs traditions…
L’irruption progressive des autochtones sur la scène politique, à partir de la fin des années 1960, modifia qualitativement leur représentation dans le discours politique étatique et dans l’imaginaire général.
Naguère survivants d’un passé révolu et éternels mineurs soumis à la tutelle gouvernementale, ils devinrent une menace face à laquelle les États d’Amérique déployèrent un vaste éventail de mesures, qui varièrent en fonction de la nature du régime en place et du danger perçu. Dans le contexte de la guerre froide, les militaires au pouvoir auront carte blanche dans l’emploi de la répression contre ces Mayas, Mapuches, Quechuas dont les organisations furent associées au « complot communiste international ».
Les peuples indigènes ont incorporé sélectivement les différents discours politiques comme ils l’avaient fait auparavant avec les discours religieux : du libéralisme, ils ont retenu les droits de la personne, du socialisme agraire des principes comme « la terre pour qui la travaille », du nationalisme, leur droit, comme peuples, à l’autodétermination.
Le principal élément nouveau, depuis trente ans, est l’avènement des peuples indigènes au statut de producteurs de discours socialement légitimes. À côté des emprunts aux idéologies politiques modernes (libéralisme, socialisme agraire, nationalisme), leurs organisations ont saisi l’importance politique de la représentation idéale de l’indigène et l’ont traduite en termes contemporains, c’est-à-dire en y intégrant l’écologie et le féminisme et en reportant sur le colonialisme la responsabilité de l’ensemble des problèmes sociaux des communautés.
Aujourd’hui, on dénombre entre 35 et 60 ou 65 millions d’indigènes en Amérique latine mais leur nombre est difficile à connaître de manière exacte. La fourchette la plus basse est celle des indigènes sans acculturation. Les recensements officiels des différents pays ne prennent pas en compte l’appartenance ethnique ou tendent à minimiser leur nombre pour des raisons notamment politiques facilement explicables : comment pourrait-on expliquer que la grande majorité des exclus économiques et sociaux est indigène ? Comment expliquer, dans des pays comme le Guatemala ou la Bolivie, que le pouvoir économique et le pouvoir politique appartiennent aux Métis ou aux Blancs alors que la majorité de la population est indigène ?
Les chiffres font partie d’une véritable bataille politique mais aussi scientifique, notamment pour les ethnologues qui font une différence entre les indigènes acculturés (et qui seraient plus proches des métisses) et ceux qui continuent à vivre selon leur culture héritée de leurs ancêtres.
En Equateur, les chiffres varient entre 15% (chiffre du recensement) et 45% (chiffre de la CONAIE). Les deux nombres sont bien évidemment faux, la majorité des indigènes ne souhaitant pas répondre au recensement et la CONAIE augmentant les chiffres pour des raisons facilement compréhensibles. On peut donc avancer qu’il y a entre 25 et 30% d’indigènes en Equateur. Ceux-ci sont divisés en 14 nationalités (et donc 14 langues différentes et beaucoup plus de dialectes) à l’intérieur desquelles existent de multiples communautés et peuples.

Le prochain billet sera sur ma première sortie de Quito et ma première journée au sein d’une communauté indigène.
A bientôt
Matthieu"