Nous sommes tous des pécheurs

Article emprunté à Vivian Song, journaliste au "journal Montréal"

Fred Pearce est l'ancien éditeur du prestigieux magazine britannique New Scientist. Il est également l'auteur d'un livre publié récemment, intitulé Confessions of an Eco-Sinner : Tracking Down the Sources of My Stuff. Dans son nouveau livre, M. Pearce se donne pour mission de retracer les origines de chaque objet se trouvant dans sa maison.

Fred Pearce Confessions of an Eco-Sinner : Tracking Down the Sources of My Stuff

Les bas de coton équitable de Marks and Spencer, l'ordinateur Acer sur lequel il a écrit un livre, le curry aux crevettes qu'il a mangé au souper, et la cannette dans laquelle il consomme la boisson typique par excellence en Angleterre, la bière : Fred Pearce a recherché les origines de chaque objet se trouvant chez lui.

«Le problème, c'est que beaucoup de gens voudraient devenir des consommateurs plus responsables, mais ils ne savent pas comment». Durant toute une année, Fred Pearce a parcouru la planète pour retracer le cycle de vie des divers objets de son domicile, rencontrant les gens qui les avaient produits. Cette expérience lui a permis de reconnaître le bien-fondé de certaines vérités bien enracinées, mais a aussi fait voler en éclats quelques principes semi- écologiques.

Cela concerne notre empreinte carbonique et, dans un sens plus large, écologique, mais aussi notre empreinte sociale», explique-t-il.

Lorsqu'il a visité les ateliers de misère du Bangladesh, par exemple, où les femmes travaillent pour 5 cents de l'heure, il s'attendait à en sortir bien déterminé à condamner cette forme d'esclavage. Mais il a rencontré des jeunes femmes qui l'ont supplié de continuer d'acheter les vêtements qu'elles produisaient.

«Elles lui disaient : Nous venons de villages du Bangladesh où nous sommes obligées d'obéir à nos pères et à nos frères. Nous n'avons pas de liberté. Nous venons ici pour jouir de la liberté que nous procure ce petit revenu. Elles considèrent donc que leur travail dans un atelier de misère contribue à leur émancipation», raconte- t-il.

Maintenant, lorsqu'il voit une femme porter une imitation de sac Gucci, il en saisit alors toute la signification. «Ce sont des femmes qui ont des aspirations. Elles ont de l'ambition et de l'espoir», ajoute-t-il.

LA SOLUTION VERTE

Ainsi, la règle écologique qui recommande une consommation inconditionnelle d'aliments produits localement ne représente pas toujours la solution la plus verte, selon lui. De fait, le chauffage d'une serre britannique servant à cultiver des tomates hors saison nécessite plus d'énergie que leur transport en provenance du sud de l'Espagne, pays qui produit d'ailleurs les trois quarts des tomates consommées en Grande- Bretagne, écrit-il.

Les légumes qui transitent par avion sont considérés comme nuisibles à l'environnement. Mais après avoir rencontré un agriculteur kenyan qui cultive des fèves vertes pour le vendre en Grande-Bretagne, le point de vue de Fred Pearce a changé radicalement. Pour la première fois de sa vie, ce paysan avait gagné suffisamment d'argent pour s'acheter une télé et recouvrir de ciment le plancher de sa maison, un luxe considéré comme modeste même dans son propre pays.

«Vous devez réfléchir à la finalité des choses, et ne pas avoir d'idées préconçues, soutient-il. Je ne dis pas que les changements climatiques n'importent pas, mais nous devons nous rappeler d'où viennent ces gens. Quel est le véritable impact de nos choix éthiques ?» questionne-t-il.

Selon lui, la recherche d'un mode de vie écologique a dégénéré en une «colonisation verte», de telle sorte que nous imposons maintenant aux pauvres nos propres préceptes moraux.

PAS DOGMATIQUE

«Ce livre ne se veut pas dogmatique, dit-il. Il ne fait pas l'énumération en 10 points des diverses façons de sauver la planète. En tant que journaliste, mon devoir est d'explorer le filon jusqu'au bout pour connaître le fin mot de l'histoire.»

Sans être dogmatique, M. Pearce recommande toutefois au consommateur qui souhaite faire des achats responsables d'acheter des produits équitables. «C'est bien d'acheter équitable, même si ce n'est pas parfait. L'argent revient au producteur et à sa communauté. Je l'ai vu de mes propres yeux», affirme-t-il.

Quant à sa propre empreinte carbonique, Fred Pearce admet ouvertement avoir laissé une trace équivalente à 22 tonnes de gaz carbonique.
Pour écrire son livre Confessions of an Eco-Sinner : Tracking Down the Sources of My Stuff, il est parti de Londres et a sillonné la planète en passant par l'Asie, l'Asie du Sud-Est, l'Europe et l'Afrique. La quantité de kilomètres qu'il a parcourus équivaut à sept fois le tour du monde.
«Je laisse le public le soin de me juger, dit-il. J'espère juste que ce livre sera utile et que les gens songeront aux impacts de leurs décisions sur la planète et ses habitants.»

Livres de Fred Pearce dors et déjà disponibles en édition francophone.

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