"Tchad : Un gouvernement démocrate...?!" - La parole est à Zaz

Zaz à la parole- Tchad - Quat´rues
Par ZAZ
A l’heure où le monde entier s’émeut de la situation tibétaine, et que les dirigeants français pointent complaisamment leurs homologues chinois du doigt, on apprennait il y a deux jours par que « les six Français de l'Arche de Zoé, graciés lundi par le président tchadien, ont été libérés » et que cette « grâce » e été « accordée par le président Deby, qui a échappé, grâce au soutien militaire de la France, à une attaque rebelle ». Article AFP.

Ainsi donc 2 mois après les faits on apprend comme si la chose avait été naturelle et officielle que Idriss Déby a conservé le pouvoir « grâce au soutien militaire de la France ». Pourtant, cherchez dans vos souvenirs, les différents journaux télévisés et l’AFP soutenaient à l’époque que les militaires français de la force Epervier, renforcés par un contingent de soldats en poste au Gabon, avaient pour mission l’évacuation des ressortissants français «en se gardant d'intervenir». Article AFP.

Bel exemple de traitement partial de l’information.

Et pour cause : Sarkozy au cours de sa campagne présidentiel s’est présenté comme le garant de relations franco-africaines saines, osant parler ouvertement de la corruption et des réseaux sévissant de part et d’autre de la méditerranée, ce que l’ensemble de la classe politique se refuse à faire depuis 50 ans ! Le 19 mai 2006 il prononce un discours dans ce sens au Bénin. Il affirme alors qu’« il nous faut (…) débarrasser (la relation franco-africaine) des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. » Vaste programme.

Mais rien que l’audace dont il fait preuve en citant les réseaux laisse présager une véritable volonté d’action.

D’autre part, il dit que « tous les pays ne méritent pas d'être aidés de la même façon : le respect des droits de l'homme n'est pas un critère moins important que la localisation des matières premières. » Au cœur même de son projet présidentiel, il est écrit que « nous ne soutiendrons ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes corrompus. »

La question est de savoir si le soutien et l’aide à Idriss Déby sont accordés en adéquation avec ces grands principes (pas de dictature, respect des droits de l’homme, pas de corruption). Pour Sarkozy cela semble être le cas, même si la disparition d’opposants au régime après la déroute des rebelles en février le met dans l’embarras et le pousse à réclamer « la création d'une commission d'enquête internationale sur les opposants disparus », il reconnaît tout de même « que le gouvernement du Tchad est légitime ». Article AFP.

Reste à savoir comment on peut définir un pays où :
- ''« les élections présidentielles (de 2001) ont été entachées d'irrégularités grossières selon tous les observateurs crédibles » et à l’issue du référendum et de sa contestation « les 6 candidats de l'opposition au Président sortant Idriss Déby ont été arrêtés. »'' Pour mémoire, Mr Sarkozy considère quand même ce régime comme légitime ! Article et signataires Ligue des droits de l´Homme.
- « le gouvernement maintient des enfants soldats dans les rangs » de l’armée. Communiqué de presse Human Right Watch.
- la liberté de la presse est régulièrement mise en doute par Reporter Sans Frontières.


Ainsi donc Nicolas Sarkozy voit en Idriss Déby un démocrate, garant du respect des Droits de l’Homme dans son pays. Mais alors pourquoi dans un premier temps cacher la véritable nature de l’intervention militaire française au Tchad ?

La modestie, certainement…

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet